Hubert Crevoisier

Le froid est mordant en ce jour d’avril 1987. Je me réfugie dans la galerie de la Tour des Prisons à Berne pour attendre l’heure de mon rendez-vous. Je déambule dans l’espace d’exposition sans m’intéresser aux œuvres présentées. Une sculpture de verre attire mon regard. Il se passe « quelque chose ». Ma vie bascule. Voir l’espace contenu dans la sculpture intitulée Large Bowl for Gathering Light de Stephen Procter me pousse dans l’inconnu. Je sors de la galerie en état de choc. Je deviendrai ce que je vois.

Quatre ans plus tard, je quitte Genève pour me former en tant que souffleur de verre à Orrefors, en Suède. En 1998, je sculpte la parfaite complémentarité du vide et du plein et je deviens en 1998 lauréat du Prix suisse du design (OFC) tandis que les cocons de verre réalisés durant ma résidence d’artiste au MusVerre m’ouvrent les portes du monde de l’art. Pendant dix ans, je sculpte l’intime dans mon atelier à La Chaux-de-Fonds. “Le choix du verre c’est résolument le choix de la lumière” écrit l’historienne de l’art Hélène Demont. Ewa Hess, critique d’art, poursuit : « … le verre et la lumière sont des matériaux qui opposent une résistance. Savoir-faire et savoir-être sont nécessaires pour les apprivoiser. D’où l’intérêt de les replacer aujourd’hui au centre du débat artistique contemporain puisque c’est bien dans la confrontation de la matière aux réalités concrètes du monde que se trouve l’origine de la force créatrice des artistes”.

Mon projet m’emmène, depuis plus de trente ans, dans les endroits les plus réputés, de Sars-Poteries à l’école du verre d’Orrefors en Suède aux Cristalleries de Saint-Louis en France, en passant par New York, Montréal, Paris, et le Cap Nord. J’utilise aujourd’hui le verre pour piéger la lumière, allumer la couleur pour ouvrir un espace humain. En 2021, au Musée Ariana, au coeur de la Genève internationale, je prends la parole. Je sculpte la dynamique jaune pour transformer le bleu en vert. Je vois rouge.

Hubert Crevoisier
août 2019